Les japonais ont toujours su bien « manier » les connaissances obtenues par les pays étrangers comme les Etats-Unis ou les pays d’Europe. Ils sont capables, selon Paul Gravett : « d’absorber un concept étranger, de l’adapter et de l’améliorer avant de le réexporter dans le monde extérieur ».
La Chine fut leur premier professeur mais très vite les japonais trouvèrent leur propre chemin. Après la 2ème guerre mondiale, le japon avait été initié au capitalisme américain et devançait fréquemment ses concurrents en économie.
Avec les forces d’occupation, les comics books s’introduisent au Japon à partir de 1945. Les Japonais commencent alors à publier leur propre bande dessinée en introduisant les bases de la bande dessinée américaine, c’est-à-dire, la relation entre le cadre, l’image et le texte et en l’adaptant à leur manière, en le japonisant le plus possible. Ils utilisent du papier, imprimé de qualité médiocre, en noir et blanc mais ayant de nombreuses pages.
Malgré l’utilisation de la base américaine part les japonais, ces deux types de bandes dessinées sont très différents. Dans un manga, il y a une grande liberté formelle, touchant tous les sujets en s’adressant à un large public. Offrant une grande quantité d’histoires dans un seul magazine de pré-publication. Or dans un comics américain, les sujets sont plus restrictifs et il n’y a que 32 pages.
Le manga devient rapidement une culture de masse, ne se faisant pas distancer par la télévision ni le cinéma mais au contraire entretenant un lien important avec ces deux médias.
Les comics américains ont eu également leur temps de gloire mais elle fut vite étouffée par les éditeurs et les conservateurs qui durent instaurer des codes stricts, cela à modéré le contenu des comics et à écarter la plupart des lecteurs adultes.
La culture japonaise impose à chaque japonais, des valeurs de respect stricts et de hiérarchie. A travers, la bande dessinée, leur créativité se développe projetant une image provocante.
Le succès des mangas vient en grande partie de la taille et de la diversité des histoires. En comparaison de prix avec les comics books, un manga ne coûte pas cher. Les éditeurs américains ont décidés de mettre 32 pages pour chaque volume afin que le prix n’augmente pas alors que les japonais ne tiennent pas compte du coût et ainsi ne font aucun bénéfice avec les revues, ils se rattrapent avec les recueils de livres et les rééditions. [1]
Le marché de la bande dessinée japonaise[2]
Les maisons d’éditions
Environ 50 % de la population japonaise lit des mangas au moins une fois par semaine. Dans le marché du livre, le manga représente un tiers du marché soit environ 4 milliards d’Euros.
Ceux qui occupent une « grosse » partie du marché du manga sont les éditions :
- Kôdansha (Kôdan = narration et Sha = société commerciale)
Kodansha a été fondée par Seiji Noma, en novembre 1909 et, très vite, elle s’imposera dans le marché. En 1926, elle représente 70 % du marché japonais de la presse spécialisée. En 1989, cette maison d’édition publie une cinquantaine de magazines dont la plupart sont destinés aux filles. Aujourd’hui, encore, elle est une “des plus grandes” maisons d’éditions de bandes dessinées japonaises.
- Shôgakukan
Cette maison d’édition était au départ spécialisée dans les livres éducatifs. Puis c’est en Avril 1967, qu’elle rentre sur le marché du manga. Elle a elle-même créé la maison d’éditions Shueisha. Elle fait partie du groupe Hitotsubashi qui possède également une édition aux Etat-Unis au nom de Viz Media.
- Shueisha
Shueisha a été fondée en 1925 par Shôgakukan, elle va créer par la suite la Hakusensha. Elle édite dès 1968 le célèbre magazine “Shukan Shonen Jump” et plusieurs titres destinés aux filles. Elle édite également le “Business Jump” touchant les salarymans (les salariés).
Une soixantaine de maisons éditions spécialisées sont sur le marché japonais et ces trois maisons éditions se partagent le 80 % du secteur.
Le secteur bande dessinée fait partie des secteurs les plus compétitifs de l’édition.
Les revues représentent 1/6 du chiffre d’affaire global de la presse. Car c’est par les revues appelé “mangashi” ou “les magazines de pré-publication” que le public découvre de nouvelles histoires. Puis si l’histoire a un grand succès, on la relie en volume.
La raison du succès des mangashis, c’est son prix bas. Il y a beaucoup d’histoires par volume, le nombre de page vont de 6 à 20 pages, certaines revues sont très épaisses (comme des annuaires téléphoniques) et on peut voter avec des cartes pour l’histoire que l’on préfère. On trouve des mangashis chez des marchands de journaux, des kiosques, des distributeurs automatiques, des combinis et des magasins ouverts toute la nuit.
La majorité des Japonais ne collectionnent pas les grosses revues épaisses, mais, collectionnent les mangas sous forme reliés. Généralement les lecteurs jettent les revues dans une poubelle à cet effet, puis récupérées, sont revendues dans des magasins de seconde main.
Les livres reliés sont de meilleures qualités, sous forme de semi-poche les “tankobon” sont composés de 200 ou 300 pages, les “bunkobon”. On peut obtenir des mangas sous forme reliés dans les librairies spécialisées ou dans les librairies généralistes (sur quelques rayons), dans les mangakissa ; des lieux qui nous permettent de lire des mangas pour une modique somme pendant des heures sans les acheter. Et pour finir dans les bibliothèques.
Il y a 3 différents types de lecteurs de manga, ceux qui lisent pour se divertir, passer du temps avec une bonne histoire, ceux qui s’intéressent de plus près et s’attachent à des œuvres qu’ils aiment, indépendamment de leur popularité, et les otakus, des fans obsessionnels, qui font du manga un mode de vie. (à allez voir chapitre “les conséquences de cette influence” pour plus d’informations)
Au Japon, les mangakas débutent souvent par les dojin-shis, des fanzines, des magazines élaborés par des fans. Ils sont autoédités dans les grandes kermesses, Comiket et Comiha. Puis, le mangaka publie à l’aide d’un éditeur ces histoires dans un magazine de pré-publication (les mangashis). Ces magazines de presses servent à mettre en valeur des mangas qui sont sous le verdict du public japonais. Dans chaque numéro, est inséré des cartes réponses pour connaître l’opinion du public. Le premier magazine qui instaura ce système, fut « le shonen Jump » qui maintenant diffuse près de 3 millions d’exemplaires et qui publie 21 séries différentes. Si le manga rencontre un succès fou, le mangaka devient très vite célèbre. Par la suite, on créera un animé du manga… et il y aura des produits dérivés ainsi que des filmes, des musiques, etc.[4]
Ci-dessous un schéma de la circulation du manga dans le marché du livre au japon :
Un dessinateur de manga ne travail généralement pas seul. Dès que les dessins préparatoires sont effectués puis approuvés par l’éditeur. Ce sont aux assistants de se charger de la suite du travail. Ils s’occupent des petits détails très importants comme les onomatopées, l’ajout des décours, le traçage des cases, les trames etc. Après cette étape accomplie, le mangaka apporte sa touche finale. C’est seulement l’auteur qui signe l’œuvre terminée. Les assistants travaillent tous dans l’anonymat. Il est arrivé que des assistants aient dû, à cause des délais, dessiner presque tout une planche laissant au mangaka les visages des personnages à dessiner. Ce type de travail permet à des débutants, de se faire connaître dans le milieu du manga et de devenir un jour peut-être un auteur de manga célèbre.
Les assistants et la mangaka Suzue Mizuichi[5]
La relation professionnelle du mangaka et de l’éditeur
Le mangaka doit établir dès le début de sa carrière une relation de confiance avec son éditeur. Son éditeur est un conseiller, car son opinion reflète celle des lecteurs d’aujourd’hui. D’ailleurs, c’est lui-même qui forme les jurys des concours pour trouver un jeune talent. Parfois, les éditeurs coachent l’auteur depuis le début de sa carrière jusqu’à sa maturité. On imagine souvent le cliché de l’éditeur enfermant son mangaka dans une pièce pour qu’il puisse terminer à temps ses esquisses. L’auteur débutant doit chaque semaine voir son éditeur au début de sa carrière durant le stade des esquisses du premier chapitre contenant 20 à 32 pages, les pages les plus importantes. Au début, ils se rencontrent dans les bureaux puis après se donnent généralement rendez-vous dans les bars pour échanger leurs idées. L’importance de l’éditeur est sans doute liée au faible nombre de scénariste dans le domaine du manga. La plupart des étudiants au Japon sont recrutés avant d’être diplômé dans des entreprises. Après avoir obtenu leurs diplômes, ils rejoignent directement l’entreprise. Rejeter une carrière comme celle-ci pour vivre du manga, c’est prendre beaucoup de risques. Très peu d’auteurs de manga vivent de leurs œuvres. Très peu sont extrêmement riche comme Akira Toriyama l’auteur de Dragon-Ball ou comme l’auteur très célèbre de Naruto, Masashi Kishimoto. Beaucoup d’entre eux, occupent un autre emploi pour subvenir à leur besoins.[6]
Une nouvelle concurrence entre les éditeurs français de mangas et les éditeurs Japonais démarrent fortement. En France, le deuxième pays diffusant le plus de mangas ; après le Japon, possède aujourd’hui, depuis 2006, huit maisons d’éditions se spécialisant de plus en plus dans le secteur de la bande dessinée japonaise. Kana, la maison d’édition ayant édité « Naruto » et « Death Note », est la plus grande maison en vendant 30,9 % exemplaires de manga en 2006, puis c’est Glénat qui le suit derrière avec 27 % de vente dans le marché. Pika a vendu 11.8 %, Delcourt qui a édité le célèbre shojo « Fruits basket » et qui a racheté Tonkam, a vendu 10.2 %, Kurokawa qui bénéficie de son choix d’éditions avec « Full metal Alchimist », a vendu 5.5 %, Soleil 5 %, Marvel 4.4 %, Flammarion (Casterman/ Saka/ J’ai lu) 1.2 %, les autres petits éditeurs 4 % d’exemplaires vendus. D’après le groupe IPSOS[8], Kana, Glénat, Pika et Delcourt concentrent près de 80 % des ventes de mangas en nombre d’exemplaires.
En 2007, les pourcentages des principaux éditeurs ont un peu changés. Différents éditeurs ont baissés leur nombre de ventes comme l’éditeur Pika, étant en 2006 le troisième éditeur de manga le plus important, perd sa place et se trouve en 2007, en quatrième place, après Delcourt. La maison d’édition Soleil est en dernière position, doublée par Panini/Marvel et les autres petites éditions. (voir graphique à droite)
Selon les données Livres Hebdo/Electre (magazine hebdomadaire sur les sorties des livres), 38.5 % des BD lancées en 2006 sont des mangas, des manhwas (des mangas coréens) ou des manhuas (des mangas chinois). En 2006, 36 éditeurs produisent des BD asiatiques contre 27 en 2005. En fin 2007, selon un sondage d’IPSOS (un groupe indépendant dédié aux études par enquêtes), le manga est en progression de 5% et de 8 % en comparaison avec l’année 2006.
Aujourd’hui, les maisons d’éditions francophones spécialisées en manga se lancent sans hésitation dans un monde inconnu regorgeant de nombreux trésors à la recherche de la perle rare qui pourrait bouleverser le marché de la bande dessinée.
Le manga ne se développe pas qu’en France mais aussi dans d’autres pays voisins. Tokyopop, un éditeur de manga, encourage la production des dessinateurs locaux au Royaume-Uni. Cette maison d’édition fondée en 2004, a vendu les titres de quatre de ses auteurs au Japon, en France, en Scandinavie, en Europe de l’Est et au Brésil. Aujourd’hui, il vient d’annoncer un accord de distribution avec Pan Macmillan. Trois pays : L’Allemagne, l’Angleterre et l’Italie (premier pays ayant exportés des animations japonaises et des mangas) commence sérieusement à se lancer dans le mouvement du manga.
D’après la revue DBD[10], « le marché allemand devrait générer 70 millions d’euros pour l’année 2006 et se place désormais juste derrière le marché français (87.5 millions d’euros), parmi les plus grands lecteur de manga mondiaux. A eux deux, les marchés allemand et français dépassent d’une courte tête le marché américain depuis 2005».
En Suède, une nouvelle édition locale de Shonen Jump a vue le jour depuis 2004 et en 2005, ce fut le tour du Danemark.
En juillet 2006, la Bulgarie a publié la première publication officielle d’un manga du nom de « Warcraft ». Ce manga fut créé aux Etats-Unis, édité par Tokyopop, écrit pas Richard A. Knaak (un scénariste américain) et illustré par un coréen Kim Jae-Hwan.
La circulation du manga chez les éditeurs francophones[11]
Que ce soit en France ou dans d’autres pays (hors Japon) éditant des mangas, la principale activité est celle de chercher «Le manga» qui pourrait plaire aux publics francophone. Voici les étapes importantes d’une maison d’édition s’engageant dans le monde de la bande dessinée japonaise :
Tout d’abord, La maison d’édition se charge d’orienter les choix de manga selon le type de lecteur et le genre. A l’époque, les maisons d’éditions choisissaient principalement les mangas les plus populaires du Japon. Aujourd’hui le choix des titres se repose sur la concurrence entre les maisons d’éditions. Toutefois, elles prennent le risque de ne pas choisir un manga nécessairement très populaire au Japon mais choisissent un manga qui pourrait plaire au public français.
Lorsque la sélection des titres est effectuée, l’éditeur doit contacter ceux qui ont les droits, donc les éditeurs japonais, puis doit commercialiser. Il est très difficile d’obtenir la confiance des maisons d’éditions japonaises car elles se méfient des maisons d’éditions francophones qui prennent de plus en plus d’ampleur dans le marché mondial du manga.
Quand l’éditeur à tous les éléments en main, il peut commencer à s’occuper de la conception. Il se charge d’élaborer un cahier des charges pour les traducteurs, adaptateurs, lettreurs, etc. pour connaître le prix du “manga” fini. A la fin du travail, le livre part chez l’imprimeur.
Beaucoup de mangas sont lancés sur le marché sans promotion, ce qui engendre de nombreux “échecs” dans le marché. Les catalogues sont de plus en plus utilisés pour la promotion des mangas, car de nombreuses maisons d’éditions obtiennent de bons résultats à la fin du mois.
Après que les quantités de mangas soient définies pour les diffuseurs, les éditeurs doivent définir les chiffres des tirages. Puis c’est au tour de l’imprimeur de faire tous les tirages désirés. Après cette étape, les livres sont envoyés chez les distributeurs/diffuseurs. Les éditeurs reçoivent des exemplaires pour contrôler la « concordance » du manga avec l’original et lorsque ce travail est terminé, on envoie tous les exemplaires de manga dans les librairies à l’aide d’un réseau de distribution/diffusion interne.
C’est l’attaché de presse qui fait connaître le manga en informant son existence chez les professionnels du média.
Ci-dessous le schéma du manga dans une maison d’édition francophone avant sa parution:
[1] GRAVETT, Paul. Manga : soixante and de bande dessinée japonaise. [S.l.] : Ed. du Rocher, 2004 10-15 pp.
[2] Groensteen, Thierry. L’Univers des mangas : une introduction à la bande dessinée japonaise. [S.l] : Casterman, 1991. p. 13
Shogakukan. Wikipedia l’encyclopédie libre [en ligne]. http://fr.wikipedia.org/wiki/Shogakukan (consulté le 5 mai 2008)
Kodansha. Wikipedia l’encyclopédie libre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Kodansha (consulté le 5 mai 2008)
[3] GRAVETT, Paul. Manga : soixante and de bande dessinée japonaise. [S.l.] : Ed. du Rocher, 2004. 15-17 pp.
[4]National Geographic France. Japon sous l’influence du manga. Arras : National Geographic France, 2007. 36-57 pp.
[5]Maya no Garasu no Kamen. The artist [En ligne]. http://www.dreamsaddict.com/GarasuNoKamen/TheArtist.html (consulté le 19.01.08)
[6] GRAVETT, Paul. Op. cit. 15-17 pp.
[7] NORMAND, Clarisse. Hachette saute sur les mangas. Livres Hebdo. 2007, n. 680. 8-11 pp.
[8] MARTIN, Sophie. Le marché du livre se relève au deuxième semestre. Canal IPSOS [En ligne] http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/2302.asp?rubId=23 (consulté le 5 mai 2008)
[9] BEAUJEAN, Stéphan. REGNAULD, Geoffroy. Global manga. DBD : tout savoir sur le manga. Juillet 2007. Hors série. 2-5p.
FISHBEIN. Jennifer. Europe, la folie des mangas [en ligne]. 4 janvier 2008. http://www.lepoint.fr/businessweek/vie_des_affaires/217215/article.html;jsessionid=3A25F168873F6C4A9DE1A8CE3E3DAD75 (consulté le 19.01.12)
[10] BEAUJEAN, Stéphan. REGNAULD Geoffroy. Global manga. DBD : tout savoir sur le manga. Juillet 2007. Hors série. p. 5
[11] Les coulisses de l’édition du manga en France.in : Guide phénix du manga, ouvrage collectif. [S.l.] : Éd. Asuka, 2006. 104-109 pp.




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